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Lever des fonds en anglais : les codes qu'un pitch deck français ignore souvent

Convaincre un investisseur anglophone ne consiste pas à traduire un pitch français, mais à en changer la logique, le rythme et le vocabulaire.

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Par Julie
Rennes · 10 août 2026 · 5 min de lecture
Lever des fonds en anglais : les codes qu'un pitch deck français ignore souvent

Un fondateur qui a bâti un pitch deck solide en français découvre souvent, face à un fonds londonien ou new-yorkais, que la même présentation tombe à plat. Ce n'est pas une question de niveau d'anglais au sens scolaire du terme : c'est une question de codes. Les investisseurs anglophones lisent des dizaines de decks par semaine, et attendent une structure, un vocabulaire et une manière d'argumenter qu'ils reconnaissent instantanément. Un pitch qui suit un raisonnement « à la française », contextualisation longue, montée en puissance progressive vers la conclusion, peut être perçu comme confus ou trop prudent, même si le fond du projet est excellent.

La structure attendue d'un pitch deck en anglais

Le monde du capital-risque anglo-saxon fonctionne avec des gabarits assez stables, que la plupart des investisseurs ont intériorisés. S'en écarter n'est pas interdit, mais s'en écarter sans le savoir peut coûter cher. Les blocs les plus attendus, dans un ordre qui varie peu :

  • Problem, le problème énoncé en une phrase, sans détour, avant toute présentation de l'équipe ou de la solution.
  • Solution, ce que fait le produit, formulé simplement, sans jargon technique inutile.
  • Market size, la taille du marché, généralement déclinée en TAM, SAM et SOM (voir plus bas).
  • Product, une démonstration ou des captures d'écran, pas seulement une description.
  • Traction, les indicateurs de croissance déjà obtenus, même modestes.
  • Business model, comment l'entreprise génère ou générera des revenus.
  • Competition, une cartographie honnête des concurrents, jamais « nous n'avons pas de concurrents ».
  • Team, pourquoi cette équipe précisément est légitime sur ce sujet.
  • Financials & the ask, les projections financières et le montant recherché, avec son usage prévu.

Un point culturel mérite d'être noté : l'anglais des affaires valorise les phrases courtes, les verbes d'action et les chiffres mis en avant plutôt que noyés dans du texte. Une diapositive avec un paragraphe dense sera lue comme un signal de manque de clarté, quel que soit son contenu. La formulation compte autant que l'information elle-même.

Les questions à poser, et celles à anticiper

Un pitch réussi n'est pas un monologue : c'est le début d'un échange, et les investisseurs anglophones jugent aussi la qualité des questions posées en retour. Poser les bonnes questions montre que le fondateur pense déjà comme un partenaire, pas seulement comme un demandeur de fonds. Parmi les questions utiles à adresser à un investisseur en fin de rendez-vous :

  • What's your typical check size and follow-on strategy? (quel est le montant habituel investi, et le fonds réinvestit-il lors des tours suivants ?)
  • What does your involvement look like post-investment? (quel rôle le fonds joue-t-il après l'investissement, siège au board, mentorat, réseau ?)
  • What would make you say no to this deal? (qu'est-ce qui ferait échouer cette opération, selon eux ?)
  • What's your investment timeline and decision process? (combien de temps prend leur processus de décision ?)

À l'inverse, il faut se préparer à des questions récurrentes côté investisseur : What's your burn rate?, What's your customer acquisition cost compared to lifetime value?, Who are your closest competitors and why will you win? Ces questions arrivent souvent en anglais courant, familier, très différent de l'anglais plus formel appris en cours classique, un décalage qui déstabilise davantage que le vocabulaire technique lui-même.

Le vocabulaire financier à maîtriser

Une levée de fonds en anglais mobilise un lexique précis, où une confusion peut faire perdre en crédibilité. Quelques termes centraux :

  • Valuation (pre-money / post-money) : la valorisation de l'entreprise avant et après l'entrée des nouveaux investisseurs.
  • Equity : la part du capital cédée en échange des fonds.
  • Dilution : la réduction de la part détenue par les actionnaires existants lors d'un nouveau tour.
  • Runway : le nombre de mois restants avant que la trésorerie ne s'épuise.
  • Burn rate : le rythme mensuel de consommation de trésorerie.
  • TAM / SAM / SOM : Total Addressable Market, Serviceable Available Market, Serviceable Obtainable Market, trois niveaux emboîtés de taille de marché.
  • Term sheet : le document résumant les conditions proposées avant la rédaction du contrat définitif.
  • Convertible note / SAFE : des instruments de financement qui se transforment en capital lors d'un tour ultérieur.
  • Cap table : le tableau de répartition du capital entre actionnaires.
  • Series A, B, C : les tours de financement successifs après l'amorçage (seed).

Se tromper entre equity et equity value, ou confondre pre-money et post-money lors d'une négociation orale, peut créer une ambiguïté immédiate sur le montant réellement discuté, une erreur qui se corrige difficilement une fois prononcée devant un investisseur.

Se préparer sérieusement, pas seulement réviser du vocabulaire

La difficulté ne tient pas à un déficit de connaissance du sujet, mais à la capacité de le restituer à l'oral, sous pression, dans une langue où les automatismes ne sont pas encore installés. S'entraîner à l'écrit ne suffit pas : il faut répéter le pitch à voix haute, encaisser des questions imprévues en anglais, et travailler spécifiquement le registre de l'anglais des affaires plutôt que l'anglais général. Certains organismes se sont positionnés sur ce créneau précis en France ; c'est le cas de Goodjob.fr, qui propose des formations en anglais professionnel et permet de travailler ce type de mise en situation en amont d'un rendez-vous avec des investisseurs.

Questions fréquentes

Faut-il traduire son pitch deck français ou en écrire un nouveau ? Mieux vaut le repenser selon les gabarits attendus (Problem, Solution, Market, Traction, Ask) plutôt que traduire littéralement une structure pensée pour un public francophone.

Quel niveau d'anglais est nécessaire pour pitcher devant des investisseurs anglophones ? Un niveau permettant de tenir une conversation technique et financière spontanée compte davantage qu'un niveau académique élevé ; la fluidité sur les questions imprévues est souvent plus déterminante que la grammaire.

Quels mots sont les plus souvent mal utilisés par les fondateurs français ? La confusion entre pre-money et post-money, ainsi que l'usage flou de equity pour désigner tantôt la part de capital, tantôt sa valeur, reviennent fréquemment lors des premiers échanges.

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