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Dommages-ouvrage et décennale : deux assurances, deux camps du chantier

Sur un chantier, deux polices d'assurance obligatoires se répondent sans jamais se confondre, l'une protégée par celui qui construit, l'autre par celui qui fait construire, et leur bonne articulation conditionne la rapidité d'une réparation en cas de sinistre.

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Par Julie
Rennes · 23 juillet 2026 · 5 min de lecture
Dommages-ouvrage et décennale : deux assurances, deux camps du chantier

Une fissure traversante apparaît deux ans après la réception d'une extension. Le propriétaire s'attend à une prise en charge rapide. Mais avant tout remboursement, une question technique et juridique se pose : quelle assurance doit payer, et laquelle doit payer en premier ? Sur tout chantier, deux garanties coexistent sans se substituer l'une à l'autre : la garantie décennale, portée par le constructeur, et l'assurance dommages-ouvrage (DO), souscrite par le maître d'ouvrage. Comprendre qui doit souscrire quoi évite bien des mauvaises surprises quand un désordre survient.

La décennale, une obligation du constructeur

La garantie décennale n'est pas une option commerciale : c'est une obligation légale instaurée par la loi Spinetta du 4 janvier 1978 et codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil. Elle s'impose à tous les « constructeurs » au sens large, artisans, entreprises de travaux, architectes, bureaux d'études, maîtres d'œuvre, promoteurs, dès lors qu'ils interviennent sur un ouvrage. Pendant dix ans à compter de la réception des travaux, cette assurance couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination : fissures structurelles, infiltrations généralisées, défaut d'étanchéité d'une toiture, affaissement de fondations. Elle est distincte de la responsabilité civile professionnelle (RC pro), qui couvre d'autres types de préjudices, comme les dommages causés à des tiers en cours de chantier, hors du champ de la garantie décennale.

Concrètement, chaque professionnel du BTP doit souscrire sa propre décennale, adaptée à son activité réelle : un maçon, un couvreur, un plombier-chauffagiste ou un architecte n'ont pas le même profil de risque, et l'attestation doit correspondre précisément aux travaux réalisés. C'est un point de vigilance fréquent : une attestation décennale valable pour une activité ne couvre pas automatiquement une activité connexe non déclarée.

La dommages-ouvrage, une obligation du maître d'ouvrage

De son côté, le maître d'ouvrage, le particulier qui fait construire sa maison, le syndic pour une copropriété, le promoteur pour un programme immobilier, doit souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier, conformément à l'article L242-1 du Code des assurances. Cette obligation existe indépendamment de la décennale des constructeurs et répond à une logique différente : elle ne cherche pas, dans un premier temps, à identifier qui est responsable du désordre. Son rôle est de préfinancer rapidement les travaux de réparation des dommages relevant du champ de la décennale, sans attendre l'issue d'une procédure judiciaire ou d'une expertise contradictoire longue.

Comment les deux garanties s'articulent en cas de sinistre

C'est là que le mécanisme prend tout son sens. Lorsqu'un désordre de nature décennale est constaté, le maître d'ouvrage déclare le sinistre à son assureur dommages-ouvrage. Celui-ci mandate un expert, puis, si le dommage relève bien de la garantie, indemnise les travaux de réparation dans des délais encadrés par la loi, sans attendre de déterminer lequel des intervenants du chantier est en tort. Une fois les réparations financées, l'assureur DO se retourne ensuite contre le ou les assureurs décennale des constructeurs dont la responsabilité est engagée, via un recours subrogatoire. Le maître d'ouvrage n'a donc pas à attendre l'issue de ce recours pour être indemnisé : la DO joue un rôle d'avance de trésorerie, la décennale du constructeur intervenant en second rideau, entre assureurs.

Sans dommages-ouvrage, le particulier devrait engager une action judiciaire contre le constructeur et son assureur décennale pour obtenir réparation, une démarche potentiellement longue. Sans décennale du côté du constructeur, l'assureur DO peut se retrouver sans recours possible, ce qui fragilise l'ensemble du système et peut, in fine, peser sur les primes.

Des tarifs qui varient selon le profil

Il n'existe pas de tarif unique pour une garantie décennale : la prime dépend de l'activité exercée (les lots à risque, comme le gros œuvre, la charpente ou l'étanchéité, sont généralement plus onéreux que le second œuvre), du chiffre d'affaires déclaré, de l'ancienneté et de l'expérience de l'entreprise, ainsi que des antécédents de sinistralité. Un professionnel récemment créé ou ayant connu une résiliation antérieure peut voir sa cotisation ajustée en conséquence. Ces éléments ne permettent que des fourchettes indicatives, jamais un chiffrage garanti à l'avance : seule une étude du dossier auprès d'un assureur ou d'un courtier permet d'obtenir un devis précis.

Dans ce paysage, des courtiers se sont spécialisés dans l'accompagnement des professionnels du BTP sur cette obligation légale. ASSU PRO (assur-risque.fr), par exemple, propose un parcours de devis en ligne pour la garantie décennale, avec une recherche de l'entreprise par numéro de SIREN, y compris pour les sociétés en cours de création. Le courtier couvre aussi bien les professions dites intellectuelles (architectes, bureaux d'études, maîtrise d'œuvre) que les professions physiques (artisans et entreprises de travaux), en traitant notamment les dossiers dits à risques aggravés, comme les antécédents de résiliation ou de sinistralité, ainsi que les questions de territorialité de la garantie.

Dans tous les cas, les garanties, exclusions et franchises précises dépendent du contrat souscrit : la lecture attentive des conditions générales et particulières, ou un échange direct avec un courtier ou un assureur, reste indispensable avant toute signature.

FAQ

Qui doit souscrire l'assurance dommages-ouvrage et qui la décennale ? Le maître d'ouvrage (particulier, syndic, promoteur) souscrit la dommages-ouvrage avant le début du chantier. Chaque constructeur intervenant sur l'ouvrage (artisan, entreprise, architecte, bureau d'études) souscrit sa propre garantie décennale, correspondant à son activité réelle.

La décennale et la dommages-ouvrage couvrent-elles les mêmes dommages ? Elles portent sur le même champ de dommages, ceux compromettant la solidité de l'ouvrage ou son usage normal, mais n'interviennent pas au même moment ni auprès des mêmes assurés : la DO indemnise en avance, la décennale du constructeur est ensuite sollicitée par recours de l'assureur DO.

Que risque un maître d'ouvrage sans assurance dommages-ouvrage ? En l'absence de DO, il doit engager une action en justice contre le constructeur responsable pour obtenir réparation, une voie généralement plus longue que le mécanisme de préfinancement prévu par la loi.

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